Il y a
des races de chats qui résistent au temps et à la
mode. Bien campé sur ses
solides petites pattes, le British Shorthair est de celle-là.
Officiellement
reconnu en même temps que la félinotechnie
moderne, il y a 130 ans, ce pur
produit britannique a résisté aux assauts de
dizaines de races exotiques pour
parvenir presque intact jusqu’à nous.On pense
que les premiers chats qui ont débarqué sur les
îles britanniques sont arrivés
dans l’Antiquité à bord de navires
romains.Ils s’y
sont installés en s’adaptant à leurs
nouvelles conditions de vie, sans doute
fort différentes de celles des rives de la
Méditerranée.
Ils
développèrent, notamment, une fourrure double et
imperméable qui avait pour
mission de les protéger de la légendaire pluie
d’Albion.Même si
ces chats étaient appréciés pour leur
indéniable talent de chasseurs, ils
n’étaient pas élevés sous le
contrôle des hommes mais vivaient en semi-liberté,
soumis à la plus féroce des
sélections, celle de la nature. Seuls les plus
forts survivaient et les plus habiles.
Ainsi la
campagne anglaise abritait un grand nombre de chats aux couleurs
variées qui
avaient comme point commun un physique de fort des halles et une
épaisse
fourrure, quand, au milieu du XIXe siècle, quelques
personnes plus attentives
que les autres commencèrent à faire attention
à eux.
A
l’étranger, et notamment en France, des chats de
race Angora, appelés aussi «
de Perse », faisaient la joie de la belle
société depuis longtemps
déjà et il
sembla naturel que l’Angleterre, pays
d’élevage s’il en est, mette
à l’honneur
ses chats nationaux.
En 1870,
Harrisson Weir eut l’idée de rassembler un
échantillon des plus beaux chats
anglais. « Je pensais qu’il serait bien de montrer
différentes races de chats,
la variété de leurs couleurs et de leurs
marquages, dans une exposition féline,
car on leur prêterait davantage attention. On regarderait
aussi notre chat
domestique, celui qui se couche au coin de la cheminée, sous
un jour
insoupçonné faute de l’avoir jamais
bien observé et l’on verrait enfin toute sa
beauté et son charme.
Le hasard
faisant bien les choses, Harrisson Weir parla de son projet
à un ami, Mr
Willkinson, directeur du Crystal Palace à Londres, et
c’est ainsi que les deux
compères jetèrent les bases de la
félinophilie moderne en organisant la
première exposition en 1871. Pratiquement tous les chats
présents étaient de
solides petits félins ramenés des jardins et des
maisons, même si l’histoire
rapporte la présence d’un chat sauvage
écossais et de quelques chats à poil
long. Le gagnant, ou plutôt la gagnante, fut une chatte bleu
tabby de 14 ans
qui appartenait à Harrisson Weir lui-même.
L’exposition annuelle du Crystal
Palace devint une véritable institution qui perdura
jusqu’en 1936, date à
laquelle la grand halle de fer et d’acier fut
ravagée par un incendie.
Comme il
fallait bien distinguer les chats anglais des Abyssins, Siamois,
Angoras et
autres Persans qui arrivaient de plus en plus nombreux sur le sol
britannique,
Harrisson Weir décida leur donner le nom de «
British Shorthair », c’est-à-dire
de « chat britannique à poil court ».Le
premier club de race fut fondé dès 1901. Beaucoup
de couleurs étaient déjà
reconnues et décrites avec précision, car cela
allait dans le sens de ce
qu’avait souhaité Harrisson Weir : mettre en
valeur la diversité et la richesse
des chats anglais.
On
trouvait ainsi des British blancs, noirs, bleus ou red, des tabby, des
bicolores, des écailles de tortues et même des
smoke et des silver. Grâce à
cela, et malgré la concurrence des autres races, le British
est resté le chat
le plus populaire en Grande-Bretagne, malgré le choc des
deux guerres mondiales
qui décimèrent le cheptel félin
anglais.
Après
ces
deux sombres périodes, il fallut ainsi avoir recours
à d’autres races, et
notamment aux Persans, pour faire repartir des lignées
pratiquement éteintes.
Le British y gagna certainement en robustesse. Sa tête
s’arrondit davantage, le
cuivre de ses yeux redoubla d’intensité et son
ossature fut renforcée. Mais il
hérita aussi du gène poil long de ses
sauveteurs.Pendant
longtemps, il naquit donc de temps en temps des chatons à
poil long dans des
portées British, et pendant longtemps ils furent
honteusement supprimés.Aujourd’hui,
ces petits "indésirables" sont reconnus comme une
variété de British
à part entière, à laquelle on a
donné le nom de British Longhair, ou British à
poil long. La
confusion des races ne devait malheureusement pas
s’arrêter là pour le British.
Première
race britannique, il devait connaître un sort plus complexe
en Europe
continentale où il fut confronté au Chartreux.
En effet,
le British Shorthair est accepté dans toutes les couleurs
possibles pour un
chat domestique, mais la plus connue et la plus demandée par
le public, est le
bleu, ce bleu justement emblématique du Chartreux.
Dans ce
qui ressembla à une espèce de guerre de Cent Ans
féline, la Fédération
Féline
Internationale -la FIFé- tarda à distinguer les
deux races et entretint une
confusion préjudiciable pour chacune d’elles, les
pedigrees des uns et des
autres s’entremêlant. Il fallut
attendre 1979 pour que la FIFé reconnaisse le British et le
sépare
définitivement du Chartreux. Mais pour ce dernier, le mal
était fait.
Heureusement
pour le British, le stock génétique fut suffisant
pour répondre à cette ultime
attaque, d’autant qu’à
l’étranger, en Allemagne, aux Pays-Bas ou aux
Etats-Unis, le Chartreux n’avait pas la même
popularité qu’en France.
Par
Catherine Bastide